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Actualité |
par VU HÔNG NAM |
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L'Asie fête le Nouvel An chinois
: l'Année du Tigre laisse sa place à la
nouvelle Année du Lièvre. |
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Le 16 février 1999, au passage de la nouvelle lune, l'Asie fête le Nouvel An chinois : l'Année du Tigre laisse sa place à la nouvelle Année du Lièvre. Mais pour les Vietnamiens, ce sera l'Année du Chat : année Ky Mao, Mao signifiant «chat» en viêtnamien. Les deux autres pays du monde «sinisé», le Japon et la Corée, ont aussi choisi le Lièvre chinois, cette spécificité viêtnamienne m'a toujours intrigué ; et pendant longtemps je n'ai pas reçu de réponse à cette différence sino-viêtnamienne.
J'ai interrogé de nombreux amis chinois à ce sujet. Une amie m'a rapporté une légende chinoise : l'Empereur du Ciel avait convoqué divers animaux pour décider du calendrier des humains, et le lièvre rapide arriva parmi les premiers pour occuper sa place dans le panthéon céleste. La Fontaine n'est vraiment pas né en chine ! Mes amis chinois n'ont pas eu connaissance d'histoire de chat lors de cette réunion au sommet.
Plus récemment, j'ai rencontré une Vietnamienne du Sud ayant longtemps vécu avec des voisins chinois. Elle m'a raconté que les Chinois ont toujours eu très peur des chats à cause de la légende de l'Esprit-Chat, ou Muu Tinh en vietnamien. Cette vieille légende raconte que l'Esprit-chat est très maléfique : il a l'apparence d'un chat normal, parfois de couleur noire mais pas nécessairement. Sa seule particularité est la fluorescence anormale de ses yeux dans l'obscurité totale. L'esprit-Chat a l'horrible propriété de réveiller les morts : quand il saute par dessus les morts, ceux-ci se lèvent et courent après les vivants, les rattrapent sans peine et les entraînent avec eux dans le monde des morts.
En effet, cette légende du Muu Tinh me revint à la mémoire. Les grands-mères et les adultes la racontaient aux enfants turbulents pour les effrayer, au même titre que la légende de Me Min, la vieille sorcière qui kidnappait les petits enfants mal élevés ! «si tu n'es pas sage, on t'enfermera dans un sombre placard et Me Min Tinh passera te prendre !»
Cette Viêtnamienne qui connaissait si bien les moeurs chinoises ajouta que même aujourd'hui, lors d'un décès dans une famille, on prend soin d'enfermer dans des cages les chats et les chiens de la demeure et du quartier ! On comprend pourquoi l'Empereur Céleste écarta d'emblée le chat du panthéon animalier.
Mais pourquoi les Viêtnamiens choisirent-ils expressément le Chat, et non le Canard ou la Grenouille ?... Serait-ce une manifestation d'indépendance vis-à-vis de leur puissant voisin ? Vous avez peur du Chat, et bien nous, nous l'adoptons ! Car les Vietnamiens connaissent aussi le Lièvre ou Tho en viêtnamien : les soirs de pleine lune, scrutez bien l'astre et vous verrez comme nous, assis sous un banian, l'enfant Cuôi, exilé sur la lune car il ne cesse de mentir, et à ses côtés se tient un lièvre blanc. C'est poétique, non ?
Avec la nouvelle Année du Chat, parlons d'un problème plus sérieux. Depuis quelques années, on rapporte que les Chinois (du Sud ?) ont lancé une nouvelle mode gastronomique : manger de la viande de chats, baptisés «Tigres des Plaines» ou Hô dông bang en vietnamien. Cela donnerait aux hommes des capacités physiques extraordinaires, une sorte de Viagra chinois teinté de gastronomie, comme les moustaches du tigre, le coeur et le sang de serpent, et tant d'autres curiosités culinaires... Muu Tinh 99 ne réveille pas que les morts ! Avec le développement exponentiel de l'économie chinoise ces dernières années, la consommation de cette viande féline est tellement forte que la Chine est obligée d'importer des chats. Et les paysans vietnamiens, si désireux d'exporter leurs produits, ont vidé leurs campagnes de leurs chats, entraînant actuellement une prolifération anormale de souris et de rats qui détruisent les récoltes de riz. Le gouvernement vietnamien vient donc d'interdire l'exportation des chats viêtnamiens. Alors bonne Année du Chat... pour les chats !
Enfin, pour saluer l'Année du chat, je vous rapporte une preuve de la Francophonie ancrée au Viêt Nam. Savez-vous que le mot meo, «chatte» en vietnamien, signifie maîtresse (son équivalent mâle «amant» n'a pas le privilège de porter le même mot viêtnamien !) : Dua meo di an che Nha Be, c'est «emmener» sa maîtresse goûter les délices des entremets sucrés dans le quartier de Nha Be»... Soyez prudents quand même pour cette nouvelle Année du Chat. s |
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